Cédric Delveaux, la vigne au corps

Province du Brabant wallon

Voltis, Solaris, Kors ! Non, il ne s’agit pas de formules magiques tirées du dernier Harry Potter mais bien des cépages que vient de planter Cédric Delveaux dans son tout nouveau vignoble. Des cépages interspécifiques, plus résistants aux maladies et adaptés aux terres et au climat wallon, aux goûts et aux propriétés différentes afin de faire ce que Cédric aime faire avec « son » agriculture : des tests, des essais et des innovations. Car derrière cette nouvelle plantation se cache un chouette projet : celui d’obtenir un beau raisin et de travailler la noblesse de la viticulture chez nous, en Wallonie. Premières vendanges dans quelques années… D’ici là, place au travail du vignoble. Tout un programme pour celui qui a assurément la vigne au corps !

Florian Mélon

Qu’il soit blanc, rouge ou rosé, tranquille ou effervescent, il y aura bientôt des vins Made in Ramillies sur les tables wallonnes ! Cédric Delveaux, agriculteur en grandes cultures, a décidé de se lancer dans l’aventure viticole avec sa femme, son frère et sa belle-sœur. Un projet familial poussé par la volonté « de pouvoir se diversifier un peu plus compte tenu du changement climatique, de l’évolution de la viticulture en Belgique et de l’envie d’aller doucement, mais sûrement, vers le circuit court pour les prochaines générations », nous explique Cédric Delveaux. Et de planter, en ce printemps 2024, ses premières vignes avec sa société au nom évocateur : Farm4wine SRL.

« On a décidé de se tourner vers trois cépages interspécifiques résistants pour avoir un maximum de possibilités dans l’avenir : le Voltis, pour la moitié de nos vignes, le Solaris et un tout nouveau genre de pinot qu’on a voulu tester chez nous, le pinot Kors, nous raconte l’agriculteur-viticulteur. Ce sont trois cépages intéressants, entre autres parce qu’ils sont résistants aux maladies comme le mildiou ou l’oïdium, mais aussi pour leur goût : le Voltis est un chardonnais de nouvelle génération au goût minéral, avec des pointes de citron et d’agrume, le Solaris apporte sa note fruitée et se combine bien avec le Voltis et le Kors est plus corsé, plus proche du bordelais. » De quoi penser l’avenir en rouge, blanc ou rosé et d’imaginer son projet avec ou sans bulle.

« La première chose pour un bon vigneron, c’est de produire un raisin de qualité »

La vigne, une nouvelle diversification mais pas un terrain inconnu pour celui qui est en dernière année de viti-viniculture à l’IFAPME. « Les professeurs y sont des spécialistes en œnologie et ils croient énormément au potentiel de la Wallonie. On a un terroir un peu particulier, avec une géologie très diversifiée, donc on peut proposer une gamme de vin très différent pour le consommateur. Moi, j’y crois très fort et je ne suis pas le seul : la viticulture se développe un peu partout en Wallonie mais aussi en Flandre ! » Quant au climat bien belge, il n’inquiète pas outre mesure l’agriculteur ramillois : « Si le climat continue de se réchauffer, on aura de nouvelles possibilités, comme pour le rouge. Quant au gel, comme on l’a encore vu début du mois, l’agriculteur a l’avantage d’être déjà au point psychologiquement pour ce genre de choses. C’est quelqu’un qui réfléchit et qui se prépare donc on a probablement une longueur d’avance à ce sujet. Mais le gel est parfois tellement cruel que les équipements ne suffisent pas malgré les gros investissements consentis. On sait que c’est possible de ne rien récolter en cas de mauvaise année… Mais qui sait, ça permettra peut-être aussi d’avoir des vins d’exception ? »

Les vignes à peine en terre, l’agriculteur nous explique la suite du projet Farm4Wine. « On a plein d’idées en lien avec notre région. Passer en coopérative avec des amis, penser au vieillissement en barriques avec quelqu’un du coin, créer du circuit court, profiter des spécificités géographiques et géologiques des environs… avec une seule finalité : produire quelque chose de tout à fait qualitatif dans la bouteille ! Et comme les cépages qu’on a choisis nous donnent une belle flexibilité au niveau des agencements, c’est super intéressant ! Mais pour commencer, on va tester, on va se faire la main, bien gérer les tailles, avoir un vignoble pérenne et travailler la noblesse de la viticulture pour pouvoir faire un vin de qualité ! »

« C’est en travaillant ensemble qu’on va pouvoir trouver des solutions à nos problèmes »

Même si la Wallonie est un petit territoire et n’est pas spécialement connue pour ses vignobles, l’engouement pour la production locale ne cesse de grandir, comme le prouvent les quelque 260 viticulteurs recensés en 2022 avec une augmentation de… 100% sur les 4 années précédentes ! « De beaux vignobles se développent en Wallonie, nous précise Cédric Delveaux. Même les particuliers s’y mettent ! Et comme on est un petit secteur, c’est important de travailler en réseau car on va tous rencontrer les mêmes problèmes malgré nos terroirs très différents. C’est donc important de réseauter, de se rencontrer et d’échanger car ça reste nouveau pour beaucoup d’entre nous, surtout en ce qui concerne les nouveaux cépages comme le pinot Kors qu’on est dans les premiers à planter en Wallonie. C’est en travaillant ensemble qu’on va pouvoir trouver des solutions à nos problèmes et produire de chouettes vins ! »

Rendez-vous est pris dans quelques années pour les premiers résultats, les premières vendanges et les premières bouteilles ! Car qu’il s’agisse de rouge, de blanc ou de rosé, il s’agira surtout d’un vin de Ramillies… Alors santé !

Toute l’information agricole directement dans votre boîte aux lettres ?

Abonnez-vous au journal Pleinchamp