Journées Fermes Ouvertes : une édition où il fut fortement question de météo
Province de Namur
Le week-end dernier, une soixantaine de fermes ouvraient leurs portes. Eleveurs et cultivateurs wallons ont expliqué leur quotidien, largement impacté cette année par une météo exceptionnellement capricieuse. L’occasion de rappeler aux consommateurs, habitué à la surabondance des supermarchés, l’impact de la météo sur la production qualitative locale.
Ronald Pirlot

Situé à la frontière entre les provinces de Namur et de Liège, le petit village d’Ossogne affiche fièrement son caractère condruzien. Dominé par sa petite église, le patelin, composé de maisons en moellon calcaire abrite, en son sein, une ferme bien connue des amateurs de bons produits gustatifs. A sa tête, Carine Vrancken et son épouse, Vincent Peeters, un couple avide d’ouverture vers la société civile, comme le prouvent les séances de cinéma organisées par le passé dans la grange de la ferme. C’est donc tout naturellement qu’il a participé, le week-end dernier, aux journées fermes ouvertes, accueillant amis, clients habituels et visiteurs de passage.
A la manœuvre, Carine mène les opérations avec son dynamisme habituelle, accueillant les visiteurs pour une petite balade à travers les champs et les serres de fruits et légumes. La ferme fait en effet office de pionnière dans le domaine. «Dans les années 90, à une période où ce n’était pas encore très courant, mes parents se sont lancés dans la culture de la fraise». Une culture phare qui a fait la renommée de la fraise, et à laquelle se sont ajoutés la framboise, choux, courges, patates douces, carottes, oignons, tomates, salades, céleris raves… et même melons. Des cultures particulièrement énergivores qui incitent les parents de Carine à cesser son élevage de Blancs bleus belges dans les années 2000. Va pour le maraîchage, tout en gardant les grandes cultures (lin, escourgeon, froment, maïs, colza…).

«Une année déprimante»
Tandis que le charriot sur lequel les visiteurs ont pris place se met en branle vers le champ de fraises, Carine distille ses explications sur les différentes parcelles cultivées. «C’est clair qu’il ne nous a pas fallu arroser souvent ces derniers mois». Le ton se veut ironique, mais cache difficilement le fond d’inquiétude qui l’habite en contemplant ses parcelles et ses craintes face aux perspectives de productivité. «Cette année, c’est tout simplement déprimant». Même les 18.000 plants de fraises ont pâti des aléas de la météo, le fruit pourrissant sur place à cause de la surabondance de pluie. A tel point qu’il faut réfréner les envies du public venu chercher plusieurs raviers et qui, au final, devra sans doute se contenter d’un ou deux, au maximum. «Toutes les cultures sont impactées car les plantations ont été trop tardives en raison des pluies».
Le constat saute aux yeux du grand public, témoin privilégié de l’impact du climat sur les investissements en temps et en argent consentis par le couple de maraîchers. Pourtant, celui-ci se veut optimiste, la foi vrillée sur le socle de passion qui nourrit son quotidien. «Nous faisons un superbe métier, mais que beaucoup de gens idéalisent erronément. A nous de leur expliquer que, derrière le prix d’un produit local, il y a énormément d’heures de travail et des aléas auxquels il nous faut faire face. Une journée comme celle-ci, au-delà de présenter ou rappeler aux gens notre existence et l’intérêt de consommer local, y participe». Et démontre également que les agriculteurs, trop souvent considérés à tort comme les éléments perturbateurs du dérèglement climatique, en sont les premières et principales victimes.
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