A 22 ans, Laura fait chanter le colosse de Moulbaix
Province de Hainaut
Tombée dans la farine familiale dès sa plus tendre enfance, Laura Noppe a patiemment écouté les précieux conseils de son papy Joseph. A ses côtés, elle a appris non seulement la meunerie, mais aussi à écouter chanter le vénérable moulin à vent en bois lorsque sa meule caresse les céréales pour les transformer en farine. Désormais, c’est elle qui opère à la tête du colosse, dans la digne lignée des quatre générations familiales qui l’ont précédée à ce poste.
Ronald Pirlot

Tel un phare dans l’horizon, le Moulin de Moulbaix se dresse fièrement depuis plus de cinq siècles dans la campagne Athoise. Entièrement construit en bois autour d’un tronc lui permettant de pivoter et d’ainsi se positionner au gré du vent, il arbore ses quatre ailes comme autant de bras accueillants. «Selon nos informations, il a été construit à Blicquy (Leuze-en-Hainaut) au XVIe siècle, avant d’être démonté et reconstruit ici à Moulbaix. Il s’agit d’un des derniers moulins à vent de Wallonie, et sans doute le dernier fonctionnant encore pour un usage commercial».
Contrastant avec la rusticité du colosse en bois, Laura Noppe, du haut de ses 22 ans, n’en a pas moins tissé une relation privilégiée avec lui. Au point d’en discerner la moindre note dissonante. «Chaque pièce du moulin possède son bruit particulier. A moi de les reconnaitre. Tout se fait à l’oreille…, mais aussi au toucher pour vérifier la texture de la farine. Cet acquis, je le dois à mon papy Joseph, décédé l’an dernier. Quand je rentrais de l’école, je le rejoignais dans le moulin».
Patiemment, avec toute la tendresse et l’affection qu’un grand-père peut témoigner à sa petite-fille, le meunier a transmis à Laura l’art de faire chanter le colosse, afin qu’il interprète la plus belle des partitions. Celle d’une farine délicate, directement extraite de la caresse de la meule sur les grains de blé. «Il y a bien une école de meunerie, en Flandre, mais davantage axée sur les différents types de moulins. Pour ma part, j’ai suivi un baccalauréat en agronomie qui me permet de bien appréhender les différentes céréales, avant de bénéficier d’une formation sur le terrain au contact de mon grand-père».

Sous le regard de papy Joseph
Se retrouver à 22 ans la digne héritière à la fois d’une tradition familiale (en rejoignant ses parents à la tête du Moulin de Mourbaix, elle incarne la 5 génération de meunier) et d’un pan de l’histoire patrimoniale de sa région n’effraie pas Laura. «Mettre en route les ailes du moulin, dont la longueur fait plus de 12 mètres chacune, ne me fait pas peur. J’ai davantage d’appréhension quand la météo s’annonce tempétueuse ou orageuse. S’il y a trop de vent, on ne fait pas fonctionner le moulin».
Un vent avec lequel Laura a appris à composer. Vu la position surélevée du moulin sur son axe, on le sent bouger sous les coups de boutoir des rafales. Pour un néophyte, il convient d’avoir le cœur serré pour ne pas prêter le flanc à un mal… de terre. «Vous savez, on s’y fait!» confie la jeune femme, avec son inénarrable sourire témoignant sa joie de perpétuer la tradition familiale. «Comme le moulin pivote, du haut des marches, je dispose chaque jour d’une nouvelle vue imprenable sur la campagne environnante. Que demandez de plus» s’amuse Laura.
Une vue imprenable, mais aussi une position idéale pour entendre, à travers les bouffées d’Eole, toute l’admiration et la fierté que voue papy Joseph à l’égard de sa petite-fille, aujourd’hui sa digne successeure.
Une farine plus riche en fibres
Commercialisée sous le nom «Moulin de Moulbaix» ou moulue pour le compte de cultivateurs et de boulangers du coin qui lui fournissent directement leurs céréales, la farine produite par Laura et sa famille est entièrement issue du moulin. La gamme comprend du froment, de l’épeautre, du seigle, du blé dur, du petit épeautre, du sarrazin et du blé paysan fournis par des agriculteurs locaux. Parmi ces céréales, certaines sont labellisées bio vu l’existence d’une demande à cet égard.
Une farine particulièrement riche en fibres. «C’est l’avantage d’une meule comme la nôtre, qui fait 1m65 de diamètre. Elle agresse moins la céréale».
«Fière d’être meunière»
Quant au rendement du moulin, il fluctue en fonction de la céréale. «En général on arrive à produire entre 140 et 160 kilos par heure. Au total sur une année, nous produisons environ 140 tonnes de farine».
Une farine directement vendue au petit magasin installé à l’entrée de la propriété. Avec un certain engouement à la clé. «Je pense que ce qui plait aux gens, c’est le caractère artisanal et traditionnel de cette farine, produite à l’ancienne et de manière entièrement familiale. Ils savent que derrière cette farine, il y a le travail des gens du cru» précise Laura, particulièrement fière d’être le maillon central entre les producteurs et les consommateurs. «Du pain, il en faut tous les jours. C’est particulièrement valorisant de se dire qu’on nourrit ses contemporains». Une maxime qu’elle partage avec le monde agricole.
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