Nouvelle filière bio et belge de tournesol :
Pourvu que la mayonnaise prenne!
C’est dans un cadre magnifique, en bord de parcelles de tournesol et sous un soleil radieux qu’a été lancée officiellement la nouvelle filière tournesol bio et belge destinée à la fabrication de la nouvelle mayonnaise Bister. Un événement organisé avec le concours du Ministre Clarinval, des syndicats agricoles et de toute la chaîne de valeur, avec pour but de faire connaitre cette culture, le futur produit fini, ainsi que la philosophie de la coopérative, les 3 étant intrinsèquement liés.
Benoit Thomassen
Directeur CAP
Conseil, Analyse et Politique (FWA)

«Dans la vie, il n’y a pas de solutions. Il y a des forces en marche : il faut les créer, et les solutions les suivent». C’est sur cette citation d’Antoine de Saint-Exupéry que Clothilde de Montpellier, agricultrice, co-fondatrice et Coordinatrice de la coopérative Farm for Good, nous accueille à Onhaye, au bord des parcelles de tournesol d’Etienne Frippiat. Pour rappel, Farm for Good est une Asbl regroupant une septantaine de fermes engagées en agriculture biologique de conservation. Lancée en 2020, l’Asbl développe des filières intégrées tout en offrant un accompagnement agronomique à ses membres, le tout pour assurer un revenu le plus juste possible. En 2023, l’Asbl mutait en coopérative. Comme pour la filière moutarde lancée en 2022, c’est avec le moutardier Bister que cette nouvelle filière tournesol bio et belge a été pensée, du champ à l’assiette.
Une filière bien intégrée
Comme le rappelle Arthus de Bousies, CEO de Bister, la réflexion s’est faite il y a 4 ans, d’abord pour la moutarde, suite au constat sur l’origine de sa matière première: le Canada. Après le lancement de la filière et les différents essais-erreurs sur le terrain, la même réflexion s’est opérée pour l’huile de tournesol. En pleine réflexion, c’est l’invasion russe en Ukraine qui est venue accélérer les choses, la disponibilité en huile étant devenue problématique. Les producteurs étaient demandeurs, les industriels aussi, il manquait alors un transformateur. C’est vers la société Alvenat de Ciney, pressoir à froid, que le choix s’est alors tourné.
50 cents, le coût de la transition
Partie prenante de la filière, la distribution n’était pas en reste dans la réflexion globale et lors de cette présentation. Déjà convaincu par la filière moutarde, Geoffroy Gersdorff, CEO de Carrefour Belgique, a précisé que son groupe accompagnait les producteurs dans le développement de ce nouveau produit, permettant de coupler les ventes au rythme de la production, au travers de quelques magasin au début. Avec, par la suite, la possibilité d’approvisionner également près de 700 magasins.
Comme pour bon nombre de produits locaux, le facteur prix est prépondérant. La future mayonnaise sera commercialisée à 2,99€ dans le légendaire pot « grenade » de Bister, soit 0,5€ de plus que la mayonnaise «traditionnelle» Bister. L’occasion pour Arthus de Boussies de conclure sur ce slogan: «50 cents, le coût de la transition».
L’occasion d’également préciser que cette mayonnaise est à 99% belge, le 1% restant représentant le vinaigre, indisponible en production bio 100% belge.
L’approbation du politique
En plein conclave budgétaire wallon, aucun ministre régional n’était en mesure de faire le déplacement. C’est donc au Ministre fédéral de l’Agriculture, David Clarinval, qu’incombait la tâche de soutenir cette initiative. Ce dernier a pu rappeler que ce projet «cochait toutes les cases» puisqu’il s’inscrivait dans une logique de relocalisation alimentaire, offrait une bonne rémunération aux agriculteurs. Le tout, en concertation avec l’ensemble de la chaine de valeur.
Après les mots, place à la technique
Suite à ces présentations et à la dégustation de cette nouvelle mayonnaise accompagnée de frites produites localement, une visite technique était organisée dans les parcelles de tournesol adjacentes, la coopérative cultivant actuellement une trentaine d’hectares de tournesol, réparties dans 7 fermes de la région.
Conséquence du réchauffement climatique, la culture du tournesol, au même titre que la vigne, devient possible et maitrisée sur notre territoire. De plus, il s’agit d’une culture très résiliente puisqu’elle est résistante à la sécheresse, demande peu d’eau et de fertilisant. Elle apprécie également plusieurs types de sols, avec une préférence pour les sols drainant et chargés en cailloux, ce qui pourrait permettre une meilleure valorisation de certaines terres dans des régions moins familières des grandes cultures.
Le gras, c’est la vie!
Deux types de variétés existent en tournesol: le tournesol linoléique et le tournesol oléique. Le premier, plus «traditionnel», possède une majorité d’acide linoléique, acide gras poly-insaturé omega-6. Ce type d’acide gras n’étant pas stable à haute température, un autre type de tournesol a été historiquement sélectionné pour l’industrie et des usages similaires à l’huile d’olive, le tournesol oléique (devenu majoritaire chez nos voisins), mais de moins bonne qualité pour la santé. Compte tenu de la pression à froid et de la destination de l’huile, c’est le tournesol linoléique qui a été ici choisi dans le cas présent.
Des itinéraires techniques adaptés
Les itinéraires techniques sont encore en construction au sein de la coopérative, avec le concours également du CRA-W, des agronomes de la coopérative et les expériences tant positives que négatives des agriculteurs. Détail marquant du champ présenté, des plantes relativement petites, avec de petites têtes (capitules), mais avec une densité plus élevée. En effet, afin de viser des capitules les plus secs possibles à l’automne, des variétés précoces avec une taille intermédiaire sont préférables, ce qui est compensé par une densité plus élevée, de l’ordre de 100.000 plantes/ha contre 55.000 en France. Cela permet aussi de lutter plus efficacement contre les adventices.
Le semis et le binage peuvent se faire à l’aide des mêmes machines que pour les betteraves alors que la récolte peut se faire avec une moissonneuse légèrement adaptée, en termes de hauteur de coupe, de plateaux et de séparateurs. En ce qui concerne la préparation du sol, s’agissant d’une plante sensible au compactage du sol, un léger scalpage sur 10cm et un passage au chisel à larges lames s’avère préférable.
En termes de ravageurs, les semis sont sensibles aux limaces et aux oiseaux. La plante quant à elle s’avère très sensible au gel.
Enfin, pour ce qui est des rendements, ceux obtenus l’année passée tournent autour des 2 tonnes de graines/ha (contre 2,5t en conventionnel en France) pour un prix de vente de 800€/t avec un rendement de 30% d’huile après pressions à froid, permettant également un retour de tourteaux aux agriculteurs.
En conclusion
Loin d’être un modèle généralisable à l’ensemble de la Wallonie, cette initiative permet cependant de montrer que le modèle coopératif, pensé de la fourche à la fourchette en y intégrant tous les maillons de la chaine agro-alimentaire, peut apporter une réelle plus-value économique pour les agriculteurs qui en font partie. Il valorise un maximum les productions de proximité tout en les commercialisant localement, répondant à une demande sociétale de plus en plus grande.
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