Sauvegarder les pollinisateurs
la PAC et au-delà
Sous la crise climatique se cache également la crise de la biodiversité. Les pollinisateurs tels que les abeilles, les syrphes et les bourdons ont besoin d’endroits refuges dans nos campagnes. Leur rôle étant indispensable en agriculture et en horticulture, nous dressons ici une liste non-exhaustive des opportunités disponibles via la PAC et d’autres projets inspirants.
Didier Vieuxtemps, Conseiller Nature et Biodiversité
Lucie Darms, Conseillère Air-Climat, Energie, Recyclage, Agroécologie et Apiculture

La pollinisation par les insectes est essentielle pour assurer l’approvisionnement en denrées alimentaires et maintenir des agroécosystèmes durables et résistants. D’un point purement économique, on estime que cette tâche représente à elle-seule une valeur de 15 milliards d’euros dans l’UE. Un rôle à ce point essentiel que l’Europe a fixé comme objectif d’inverser le déclin des pollinisateurs sauvages à l’horizon 2030.
Les jachères et la PAC
Suite à la révision du plan stratégique de la PAC, certains agriculteurs souhaitent se débarrasser des jachères. C’est bien évidemment un choix personnel, mais il faut rappeler que les jachères sont aussi essentielles dans la vie de nombreux pollinisateurs tels que les abeilles, les bourdons et les syrphes qui assurent la pollinisation de plusieurs cultures et arbres fruitiers.
Par exemple, le Syrphe ceinturé est une petite mouche encore abondante qui s’avère très utile aux agriculteurs car elle est un excellent agent de lutte biologique qui ne coûte rien. Ses larves, très voraces, consomment en effet de nombreuses espèces de pucerons dommageables à nos cultures. Les adultes contribuent en outre à la pollinisation de nombreuses fleurs que ces mouches visitent abondamment sur une journée. La Faculté agronomique de Gembloux étudie beaucoup ce petit prédateur pour pouvoir le multiplier en nombre et favoriser l’utilisation de cet agent de lutte biologique par nos agriculteurs.
La disparition des bourdons au cours de ce siècle aura un impact sur le rendement de nos cultures. En 2023, 7 scientifiques de 5 universités belges ont publié un article («Projected decline in European Bumblebee populations in the twenty-first century») dans une prestigieuse revue pour nous alerter sur l’érosion de cette biodiversité. Laquelle érosion va s’accélérer ces prochaines décennies à cause du réchauffement climatique et de la dégradation des habitats. Les bourdons jouent un rôle majeur dans la production agricole de l’Europe. Il est donc nécessaire d’envisager de conserver des jachères et des prairies qui les accueillent encore.
Les agriculteurs ont la possibilité de conserver et gérer leurs jachères moyennant une juste rémunération. En effet, les jachères « classiques » ou mellifères sont valorisables dans l’éco-régimes maillage écologique. Si les jachères sont engagées dans cette éco-régime, des contraintes de gestion et des contraintes de mélange mellifère sont imposées pour obtenir le paiement.

D’autres outils que la jachère existent
A côté des jachères, il existe d’autres éléments intéressants pour conserver les pollinisateurs dans l’espace agricole comme les haies, les bandes refuges, mais aussi les bandes aménagées reprises dans le programme MAEC de la PAC.
Par exemple une bande fleurie assure à elle seule le gîte et le couvert aux insectes butineurs, que cela soit pour leurs œufs, les larves ou bien les adultes.
Les suivis réalisés par la cellule scientifique de Natagriwal montrent que l’installation de bandes fleuries provoquent un effet boostant immédiat sur les populations des pollinisateurs.
Les prairies à haute valeur biologique ne sont pas en reste, elles constituent un réservoir d’accueil pour les insectes pollinisateurs tels que les abeilles, bourdons, syrphes et papillons. Elles font également l’objet d’une subvention à travers le programme agro-environnemental wallon.
Si quelques agriculteurs conservent ces prairies, l’effet bénéfique est étendu chez tous les agriculteurs voisins.
Une parcelle fleurie adaptée aux pollinisateurs du coin
Beespoke est un projet interrégional dans la Région de la mer du Nord, financé par l’Union européenne, auquel participent le Royaume-Uni, la Belgique, les Pays-Bas, l’Allemagne, le Danemark, la Suède et la Norvège. Il vise à trouver des solutions et des mesures incitatives pour soutenir les pollinisateurs sauvages.
Beespoke s’est en particulier concentré sur la création d’habitats pour les pollinisateurs appropriés sur les terres agricoles. Les types de pollinisateurs nécessaires diffèrent selon la culture ; les abeilles solitaires, par exemple, sont plus aptes à polliniser les pommes, tandis que les haricots ont besoin de bourdons. Pour répondre à cette diversité, le projet a produit des mélanges de semences pour les parcelles fleuries qui sont adaptés au contexte. Ces mélanges contiennent des graines de fleurs indigènes qui attirent les principaux pollinisateurs des cultures de l’agriculteur, sans pour autant favoriser leurs parasites.
Outre ces mélanges de semences, Beespoke a également élaboré des lignes directrices et des formations à l’intention des agriculteurs. Un large éventail de matériel comprend des guides sur le suivi du nombre et de la diversité des pollinisateurs et sur l’estimation du potentiel de pollinisation. Ils permettent de mieux comprendre la relation entre le rendement des cultures et la pollinisation.
Une plateforme d’échanges
Le réseau thématique B-Thenet a mis en place une plateforme numérique pour les apiculteurs européens. L’objectif est de collecter les bonnes pratiques et les innovations apicoles et de les partager (en 15 langues) entre les apiculteurs, les conseillers et les autres parties prenantes. Il vise à favoriser les discussions et l’harmonisation des meilleures pratiques apicoles en Europe aux niveaux national et international.
Et chez nous ?
A la FWA, nous souhaitons mettre en place un service de pollinisation. Sur base d’un site internet référençant les localisations des cultures mellifères, les apiculteurs pourraient poster des annonces et échanger avec l’agriculteur directement, pour conclure des accords et déplacer ses ruches selon.
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