Une montgolfière peut-elle atterrir partout?
Province de Namur
Agriculteur à Lessive (Rochefort), Pol Bouche appréhende, tous les deux ans, le grand rassemblement de mongolfières de Han-sur-Lesse. «Un superbe spectacle aux retombées touristiques indéniables pour la région», reconnaît l’agriculteur, mais qui ne prend pas assez en considération, selon lui, les nuisances des atterrissages – dégâts aux cultures ou aux prairies pas encore fauchées, apeurement du bétail – pour les agriculteurs. Des désagréments dont les aérostiers sont conscients, évitant autant que possible d’atterrir dans des endroits susceptibles de causer des dégâts. Et si tel devait être le cas, ils ont une assurance civile pour couvrir ceux-ci.
Ronald Pirlot

Tous les deux ans, le grand rassemblement international de montgolfières d’Han-sur-Lesse draine un public considérable. Il faut dire que voir s’élancer, sept fois en quelques jours, une quarantaine de montgolfières dans les airs constitue un spectacle à chaque fois scintillant. Un panache de toiles mues par la seule force motrice de l’air chaud s’envole pour aller titiller les nuages et offrir, dans la nacelle comme sur le plancher des vaches, un spectacle à couper le souffle.
Si Pol Bouche est au nombre des amateurs s’émerveillant devant l’envol des ballons, il goûte nettement moins… leur atterrissage. Et surtout leurs conséquences pour ses prairies où les aérostiers sont susceptibles de poser leur ballon. «Dans des prairies en attente d’être fauchées, les nacelles aplatissent les herbes. Et parfois sur plusieurs mètres. De même que l’imposante toile et les personnes qui la replient. Sans compter les véhicules qui viennent rechercher le matériel et qui, lors d’année pluvieuse comme celle-ci, font des ornières dans le sol». Pour l’agriculteur, le problème est le même lorsque la prairie est occupée par du bétail. «Le bruit des brûleurs, mais aussi l’impact visuel des ballons atterrissant effraient le bétail qui, apeurés, peut forcer la clôture et s’enfuir».

«On évite les cultures et les prés pâturés»
Des désagréments dont est conscient l’organisateur du grand rassemblement, lui-même aérostier. «Quand on décolle, on ne sait jamais à l’avance où on va atterrir. Juste sait-on dans quelle direction approximative on va s’orienter et la durée de notre vol, environ 1h» explique Eric Lannoy. «Pour ma part, je descends toujours d’altitude pour scruter un endroit de pose, en prenant soin d’éviter les cultures et les endroits où se trouve du bétail. Parfois, on n’a pas tellement le choix, mais c’est rarissime. Sur 550 heures de vol, ça a dû m’arriver 3 fois de déroger à cette règle pour des raison de sécurité. Et à chaque fois, j’ai pris contact avec l’agriculteur pour, d’une part, lui demander l’autorisation pour permettre l’équipe au sol de rentrer sur ladite parcelle pour récupérer le matériel, et d’autre part pour l’indemniser».
Que dit la loi?
«Les montgolfières sont soumises à la réglementation aérienne» précise le service de conseil juridique de la FWA. Dans ce cadre, la loi oblige «le propriétaire de la montgolfière à contracter une assurance en responsabilité civile (respectant la législation en matière d’aviation), prenant en charge les dommages causés, tant par le pilote aux passagers ou à des personnes ne se trouvant pas à bord de l’avion ou autres engins, ainsi qu’à des biens matériels ; Laquelle assurance, par ailleurs, défend contre les prétentions en dommages-intérêts injustifiées».
Il est dès lors conseillé à l’exploitant d’un champ ayant constaté des dégâts à ses cultures, de se renseigner pour connaître l’identité du propriétaire du ballon ou de la personne ayant organisé le vol en ballon. Ce qui n’est pas une sinécure si la parcelle se trouve éloignée de l’exploitation et que le pilote de montgolfière n’a pas attendu son reste pour s’éclipser dans la nature. D’autant que depuis quatre ans, les vols de montgolfières ne sont plus soumis à une obligation de déclaration auprès d’une autorité compétente. Dès lors, tout repose sur l’honnêteté de l’aérostier. «C’est le cas avec la grande majorité des pratiquants. Ce n’est en effet pas dans notre intérêt d’être en conflit avec le monde agricole» ajoute Eric Lannoy. Lequel annonce que le problème ne se représentera pas dans deux ans. En effet, l’Asbl familiale qu’il gère a décidé d’arrêter l’événement, celui-ci prenant une trop grande ampleur difficile à assumer pour une petite structure.
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